Rapport d’une mère célibataire pour une semaine en Casamance!

Elinkine, Casamance, Mars 2012

« On ne peut pas voyager…à cause des enfants… Combien de fois ai-je entendu cette phrase !

7h30. Manon dormira encore. Chut. Saut de puce en annexe jusqu’au rivage pour déposer Julien et tout son barda à terre. Il part rejoindre Bissau par la route pour suivre les élections, (je vous invite d’ailleurs à voir les photos sur son site). Au retour, à peine le temps de me faire un café…Maman ! Voilà ma pépette qui se réveille et c’est parti : biberon, changement de la couche, crème solaire,  remplissage quotidien du « kit bébé » dans le sac à dos et brooom-brooom, en route vers la terre.

Ici pas de ponton, alors à l’approche de la plage, tiens-toi bien Manon, un p’tit coup d’accélération, je relève le moteur et paf, l’annexe s’immobilise. Qui dit marée basse dit vase, dommage ludi. Allez, on tire le petit bateau un peu plus haut sur la plage, on pose le grappin et non on n’oublie pas de sortir la choupette de-là. Et quand vous posez un bébé au bord de l’eau, lui ce qu’il veut, c’est aller dans l’eau. Bon d’accord, on commence par une baignade matinale alors !

10h. Le soleil envoie son premier clin d’œil: je vais chauffer fort encore aujourd’hui.

Nous découvrons le campement villageois géré par Luc (un homme à connaître) ; tiens c’est quoi ici, une piscine pour enfants ? Ah non, 5 jeunes crocodiles partagent le bassin haut de 60cm à peine. Mais la vie est quand même bien faite car le crocodile à peur de l’homme (donc du bébé), et le bébé comprend immédiatement que le crocodile, il n’est pas tout doux comme un chat, alors Manon se plante devant, observe mais ne bronche pas ! Bon j’avoue néanmoins que lorsqu’elle s’en rapproche, je garde un œil dessus (je vous sens rassurés tout à coup).

Sandales aux pieds, nous partons voir ce qu’il se trame sur la plage à 300m. Une trentaine d’hommes répartis sur deux pirogues d’environ 12 à 15 mètres débarquent des raies et du requin en veux-tu en voilà. D’autres les déposent à même la plage par petits tas, et d’autres font des allers-retours avec leur charrette-brouette pour envoyer le poisson sur les étales de séchage. Tous les deux jours environ, ce même charivari organisé se répète. Les pécheurs d’ici partent jusqu’au large de Conakry pour vendre aux gahnéens. Elinkine est donc un port de pêche. Les gens du village, réunis sur cette plage, se pressent pour montrer à Manon les requins gisant sur le sable, déjà découpés ; cette face de raie qui nous regarde avec ses yeux morts. Manon est très concentrée mais ne semble pas effrayée. En deuxième ligne, vers le haut de la plage, les enfants l’appellent : Toubab, toubab. Et voilà ma manonette qui de son pas décidé se carapate pour les rejoindre. Alors on joue. En général, en moins de temps qu’il faut pour l’écrire, elle se retrouve entourées d’une dizaine d’enfants. Pas facile d’être la vedette en permanence, mais elle se défend bien.

Midi. Le soleil est au zénith et nous semblons être les seules à suer à grosses gouttes. De retour au bateau, c’est miam-miam et dodo pour deux heures. Je déguste un café en pensant à celui du matin que j’ai à peine eu le temps de finir…Je profite de la sieste pour rincer le bateau de sa poussière sénégalaise, j’installe le grand taud de soleil, et quand je me pose enfin pour lire ou me reposer, j’entends : maman !

16h. La chaleur plombe l’énergie. Manon joue dans le cockpit avec un seau rempli d’eau de mer. Et si on allait faire un premier bain à la plage du campement ? Brooom-brooom. On enfile le maillot de bain et les brassières (vous savez ces trucs qu’il faut réussir à gonfler et qu’une fois que c’est fait et bien çà passe pas dans le petit bras de votre bébé, alors il faut dégonfler un côté et recommencer collé à votre enfant qui lui n’a qu’une idée en tête, courir dans l’eau !). Ah ah les joies de la baignade, en fait vous jouez avec votre enfant, vous le mettez en confiance avec l’élément liquide, vous courez avec lui le long de la plage, on saute, on s’éclabousse et à un moment, le bébé commence à avoir froid à cause de cette légère brise qui s’est levé. Vous le rincez à l’eau douce, mais il retombe direct dans le sable alors vous recommencez. Sauf que le tuyau d’eau et en plein milieu du sable brulant et vous êtes parti sans vos tongues…rrrr, les joies de la baignade. Après avoir bataillé avec le sable, la couche qui colle, et le tee-shirt qui ne veut pas s’enfiler, vous relevez la tête et vous vous dîtes : pas grave, j’irais nager demain.

Et puis vient cette heure magique, le soleil qui décline sérieusement. Au campement, locaux et touristes sirotent un verre. Une « flag » pour maman, un jus de bissap pour Manon. Ma vedette reprend son rôle de meneuse et charme les gens. Alors on discute, on se rencontre, on se raconte.

Une première journée bien remplie, demain maman nous amène à la nouvelle école maternelle des catholiques, çà promet !

A notre arrivée, les 5 ans jouent dans la cour de sable : activité psychomotrice. Jean-Charles, le directeur, a un réel don pour s’occuper d’eux, leur apprendre le français, les faire évoluer. En tout, 70 enfants sont partagés en 3 classes. Nous passons deux heures avec Amy, la maîtresse des plus petits. Ils sont presque 40 ici, dont une dizaine ont à peine 2 ans et demi. Difficile d’organiser des activités !

Un après-midi, on se décide à aller à la découverte des bolongs alentours en annexe. Manon accroches-toi, on va déjauger pour aller plus vite. Notre embarcation file à toute berzingue sur les petites vaguelettes, Manon rigole aux éclats. Nous voici de l’autre côté d’une île, nous rentrons dans un petit bolong d’environ 50 mètres de large. Le courant nous porte vers la sortie à l’autre bout, parfait. Nous éteignons le moteur et nous laissons dériver le long des palétuviers. « Là, là », Manon me montre un héron. Une pirogue se dirige vers nous, Manon attrape le lanceur du moteur et essaie de tirer pour le démarrer. « Kassoumaye, tout va bien merci, non, nous ne sommes pas en panne ». Allez ok, premier cours de navigation pour la manonette. Quand tu pousses tu nous amènes vers bâbord, et quand tu tires, tribord. Voilà ma pissouse fière comme tout qui conduit seule l’annexe au ralenti. Bon évidemment, on a fini dans les palétuviers !

Après 5 jours passés dans ce village, je commence à avoir la bougeotte. Je rencontre Séverine, une voyageuse dans l’âme. Je lui propose de partager le bord pour une ballade de deux jours vers le village de Niomoune, un bolong sur la rive nord. Navigation au moteur, Eole est toujours aussi flemmard. Un groupe de dauphins vient nous saluer. Nous croisons le ferry qui relie Ziguinchor à Dakar. Voici la passe d’entrée, j’ai une trace mais il semble qu’il y est très peu de fond. Manon, dans ta cabine, les filles ont besoin de se concentrer. 2m ; 1,8 ; 1,4 ;1,2, 1m, euh….1,2 ; 1,4 aaaahhhhh, c’est bon, nous voici dans le bolong pour Niomoune. Nous serpentons, prenant chaque virage par l’extérieur, toujours les yeux vissés sur le sondeur. Voilà le village, derrière ce dernier virage. Mais là on passe de 1,5 à – - – planté ! Je rigole jaune mais réflechissons : la marée doit monter encore pendant une bonne heure, je jette l’ancre pour éviter de nous enfoncer encore plus. Allez Mr Perkins, crache la vase, pousse, tourne, barre à bâbord, c’est bien, encore, allez et voilà c’est reparti.

Regarde la berge Manon, les rizières, des bœufs, des baobabs immenses, des fromagers, les enfants là-bas qui nous saluent. Notre équipage féminin jette l’ancre au paradis. Un diola vient à notre rencontre en pirogue. Vous voulez du canard ? 2500 cfa. Venez avec moi pour le choisir. Manon court après les coin-coin, le blanc qui s’échappe plus vite que les autres, va pour celui-là ! Le soir, Jean-claude me ramène le canard blanc fraîchement plumé et vidé.

Grâce à Séverine qui s’occupe de Manon, je fais quelques brasses au bord du rivage. Manon s’éclate dans l’eau. Après un repas frugal, crevettes à profusion en entrée et poisson capitaine énorme avec frites-maison, Manon retrouve son doudou et sa cabine pour une nuit de 12 heures. Il n’y a pas de lune et aucune électricité au village, la nuit est claire, nous chuchotons presque sous des milliers d’étoiles.

Cet endroit est absolument magique mais il nous faut rentrer sur Elinkine.

Pour écourter et en conclusion, nous avons passé des moments merveilleux cette semaine. Je suis épuisée mais comblée et je crois que Manon aussi.

À bientôt pour de prochaines aventures…

Faute de connexion internet à Elinkine (cause élection), voici ce message. Julien est rentré. Nous venons de poser l’ancre à Ziguinchor. Hier nous étions en pleine nature, dans un bolong, entourés de dauphins et de lamentins. Aujourd’hui : la ville…